Le webmestre, artisan ou artiste ?

L’artiste et l’artisan sont cousins. Tous deux créent en mêlant un travail intellectuel et technique. Quelle différence entre un artisan et un artiste ? Sur le plan du droit, les créations logicielles sont assimilées à des œuvres d’art. Mais sommes-nous véritablement des artistes ?

Je pense que ce qui différencie une œuvre d’art d’un objet artisanal est la démarche du créateur lors du travail de création. Où est situé la motivation : dans la tête d’un client ou dans celle du créateur ? L’artisan cherche à satisfaire une demande particulière, l’artiste extériorise des sentiments qui le touchent. L’artisan s’emploie à fondre sa création dans les goûts et les besoins de son client quand l’artiste accorde sans concession son œuvre avec lui-même.

Aussi l’unicité d’une création n’est pas du tout ce qui détermine sa qualité d’objet d’art ou d’objet artisanal. Le musicien enregistre ses morceaux sur des supports numériques destinés à être dupliqués et cela n’enlève rien à sa démarche authentiquement artistique. Ni plus ni moins reproductibles, les créations musicales des publicistes sont certainement à ranger du côté artisanal. Ou encore, si l’écrivain est un artiste, l’essayiste est quant à lui un artisan. Et la grande valeur de l’exemplaire original d’une toile de peinture célèbre – laquelle tranche sur la faible valeur des copies – découle non pas d’une perte de « qualité artistique » des copies mais plutôt du comportement de collectionneur des amateurs de peintures.

Si le webmestre ne peut dupliquer sa création sans en détruire la valeur, c’est parce que tel est le besoin de son client : un site original et unique. Nous sommes des menuisiers dont les clients demandent tous des chaises d’apparence différente de celles des autres. Le webmestre est un artisan du Web.

One Response to Le webmestre, artisan ou artiste ?

  1. Distinguer l’artiste de l’artisan en se basant sur l’origine de la motivation qui donne lieu à la création….? J’ai quelques doutes.
    Les artistes du XVème siècle et autres n’exécutaient-ils pas les désirs des nobles lorsqu’ils produisaient leur portrait ? N’en sont-ils pas moins des artistes ?

    La véritable question se situe peut-être au niveau de l’usage auquel l’œuvre est destinée : les critères de réalisation d’une œuvre d’art ne sont pas soumis à des exigences utilitaires contrairement à un objet artisanal, dont la fonction est, elle, clairement définie.

    Par ailleurs, ce n’est pas non plus l’unicité d’une œuvre qui lui procure sa valeur. On ne peut en effet pas le dire ainsi, je suis d’accord. Il me semble toutefois que l’originalité de la démarche créative qui fait naître l’œuvre d’art, ainsi que des méthodes/techniques utilisées font qu’elle est unique. Un morceau de musique peut être dupliqué : le graveur n’est pas artiste pour autant. C’est juste le support qui est reproduit : l’œuvre, elle, reste unique.
    Une toile peut être reproduite mais c’est l’originale qui aura le plus de valeur. Car c’est l’idée, la créativité, le génie et le talent de son auteur qui font qu’elle est et demeure unique.

    Reste enfin la question de l’artisanat d’art, c’est-à-dire de la production d’œuvres artisanales (donc à but utilitaire) qui témoignent d’une recherche artistique approfondie.
    Peut-être le Webmestre se situe-t-il là ?

    A méditer… encore.

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